Comment ne pas partir dans toutes les directions avec l'IA ?

Comment ne pas partir dans toutes les directions avec l'IA ?
Publié le Lundi 15 juin 2026

Mickaël Sylvestre
Président, Black Belt Lean

L'IA permet d'accélérer les flux et nos propres activités. Ceux qui l'ont compris ont une longueur d'avance réelle — sur leurs process, leurs décisions, leur compétitivité. Et les chiffres sont là pour le confirmer.

Mais le terrain nous raconte autre chose sur la façon dont elle se déploie dans les organisations. Non pas que l'IA ne fonctionne pas, mais elle fonctionne parfois trop bien et dans la mauvaise direction.

 

Acte 1 — Le reporting qui se lit tout seul (ou presque)

· Les équipes utilisent l'IA pour générer leurs rapports hebdomadaires en quelques minutes. Gain de temps réel.

· Le manager utilise lui aussi l'IA pour les résumer avant de les lire.

· Le problème ?

En bout de chaîne, personne n'a vraiment traité l'information. Tout le monde a l'impression d'avoir été efficace. Les indicateurs, eux, n'ont pas bougé et aucune action n’a été lancée.

Acte 2 — La Supply Chain qui se parle à elle-même

· Les outils IA des fournisseurs et des clients s'alimentent mutuellement de prévisions en temps réel.

· Chaque algorithme surréagit aux signaux de l'autre, ajuste, recalcule, commande.

· Le problème ?

L'effet coup de fouet, ce phénomène bien connu des praticiens Lean, se retrouve amplifié à une vitesse et une échelle encore plus rapide. On a voulu de la fluidité, on a fabriqué de la turbulence.

Acte 3 — Les RH et le grand dialogue des IA

· Les candidats rédigent leurs CV et lettres de motivation avec l'IA.

· Les recruteurs déploient des outils IA pour trier et qualifier les dossiers.

· Le problème ?

Une IA bien formulée dialogue avec une IA bien paramétrée. Le bon candidat, lui, attend toujours une réponse humaine.

 

Le vrai problème n'est pas l'IA. C'est la méthode.

Ces trois exemples n'ont rien d'anecdotique, ils traversent tous les métiers.

Et ils racontent la même histoire : l'IA est déployée sur des processus sans se demander si ces processus créaient vraiment de la valeur.

C'est exactement le péché que le Lean combat depuis quarante ans. Avant d'optimiser, on cartographie. Avant d'automatiser, on élimine les gaspillages. Avant de déléguer à l'IA, on se demande si la tâche mérite d'exister.

L'IA n'est pas le problème. L'IA sans méthode, si.

La bonne nouvelle ? Les organisations qui associent la rigueur du Lean à la puissance de l'IA ne subissent pas cette dérive — elles en font un véritable levier de transformation. Leurs équipes ne sont pas dépassées par l'outil. Elles le pilotent.

 

C'est exactement ce que nous explorerons le 24 juin lors de notre webconf "Lean Augmenté — piloter l'IA plutôt que la subir", co-animée avecl’ENSAM. 55 minutes, des cas concrets, et une méthode qui change tout.

 

Pour aller plus loin et approfondir…

[1] MIT NANDA — The GenAI Divide, juillet 2025 Le rapport de référence sur l'état réel de l'IA en entreprise : 95% des projets n'ont aucun impact mesurable sur les résultats, malgré 30 à 40 milliards de dollars investis mondialement. Accéder au rapport

[2] Gartner, 2025 73% des projets IA échouent parce qu'ils sont choisis pour leur caractère innovant, pas pour leur pertinence fonctionnelle. Le syndrome de l'objet brillant à l'état pur. Voir l'analyse

[3] IBM — The Race for ROI, novembre 2025 60% des entreprises françaises déclarent avoir réalisé des gains de productivité significatifs grâce à l'IA. La preuve que ça marche, pour celles qui s'en donnent les moyens. Lire l'étude IBM France


Mickaël Sylvestre
Président, Black Belt Lean

Autres articles