Le Lean et l’amélioration des conditions de travail

Le Lean et l’amélioration des conditions de travail
Publié le Mercredi 20 novembre 2019

Cyril Bourgeon
Manager, Black Belt Lean

Cela fait maintenant de nombreuses années que je navigue dans le Lean et encore plus longtemps dans l’amélioration des conditions de travail. J’ai toujours été surpris de l’opposition qui pouvait être faite par certains, entre ces deux concepts. Le Lean irait à l’encontre des conditions de travail ? Et si les exemples pris par ses détracteurs n’étaient pas du Lean, mais du Cost killing ?

Revenons aux bases

Quelle définition peut-on donner au Lean ?

Pour XL Groupe, le Lean est une méthode qui permet à l’entreprise d’accroitre sa Valeur Ajoutée pour le client en réduisant les gaspillages autour de l’engagement et du respect mutuel.

« Engagement et respect mutuel » c’est ici que se situe la limite entre le Lean et le Cost Killing, car non, l’humain n’est pas un mal nécessaire mais une ressource à faire grandir ! Pour cela, il est important de redonner aux salariés, ce qui a trop souvent disparu dans le travail moderne : le sens.

Pourquoi est-ce que je viens travailler le matin ? C’est quoi pour moi, une bonne journée ? Chaque manager doit faire preuve d’empathie et se poser ces deux questions et y répondre avec son équipe. Les réponses à ces questions sont le sens même de ce qui va motiver les équipes dans l’atteinte de la performance au quotidien. Ensuite, par une Animation à Intervalle Court (AIC), l’équipe va évaluer ses écarts par rapport à ses objectifs.

Et on arrive là, à la base du Lean : apprendre aux équipes à détecter, puis résoudre eux-mêmes les problèmes, leurs problèmes, par la mise en place de petits chantiers kaizen (amélioration par petits pas).

L’amélioration des conditions de travail passe par ce cheminement, afin de faire prendre conscience aux salariés, et au management, de ce qui est OK et de ce qui ne l’est pas. Pour changer, il faut avoir pris conscience du problème. C’est valable pour tous les changements et aussi quand cela concerne notre poste de travail que l’on occupe depuis des années (On a toujours fait comme ça !).

Améliorer les conditions de travail Conditions de travail

Le Lean va tendre à la réduction des gaspillages.

Dans ces gaspillages, plusieurs ont un lien direct avec les conditions de travail : les déplacements, les opérations et les gestes inutiles. On pourra ajouter l’organisation comme source importante d’irritation.

Les conséquences seront une perte d’efficience et des coûts liés aux arrêts de travail pour cause de stress ou de TMS.

TMS ?TMS

Les TMS (Troubles Musculo Squelettiques) sont des pathologies avec des causes multifactorielles. C’est-à-dire, qu’il serait vain de vouloir s’y attaquer uniquement par l’analyse du poste de travail.

Les TMS regroupent un grand nombre de maladies chroniques affectant les muscles, les tendons et les nerfs au niveau des articulations des membres supérieurs (épaules, coudes, poignets-mains), et inférieurs (genoux, chevilles).

Ils se caractérisent par des douleurs et des gênes lors des mouvements qui peuvent devenir très handicapantes et avoir des répercussions importantes sur la vie professionnelle et privée des personnes atteintes.

Certaines de ces pathologies sont reconnues comme maladies professionnelles et peuvent donc faire l'objet d'une indemnisation (Tableau 57 depuis 9/11/72 + màj 7/06/91).

TMSTMSTMS

Améliorer la situation de travail, c’est agir sur l’ensemble des facteurs de risques

Commençons par une petite définition de ce qu’est l’ergonomie.

Ergonomie : étude scientifique de la relation entre l'homme et ses moyens (méthodes et milieux de travail) ; c’est également, l'application de ces connaissances à la conception de systèmes « qui puissent être utilisés avec le maximum de confort, de sécurité et d'efficacité par le plus grand nombre ». Elle puise ses connaissances dans les diverses sciences ayant trait au comportement humain pour les mettre au service de l'homme au travail.

Bref, l’ergonomie c’est l’adaptation du travail à l’homme (et pas l’inverse !).

Les facteurs de risques :

  • Améliorer les facteurs organisationnels (manque de pauses, temps d’exposition, entraide impossible)
  • Tenir compte des facteurs individuels (âge, genre ou état de santé)
  • Améliorer les facteurs psychosociaux (intensité et temps de travail, exigences émotionnelles, manque d’autonomie, rapports sociaux dégradés, conflits de valeurs, insécurité de la situation de travail)
  • Améliorer les facteurs biomécaniques (la répétitivité, les positions articulaires, les efforts et le travail statique)
  • Les facteurs aggravants (vibrations, éclairage, température et non maitrise de la cadence)

Comment lutter ?

Le dépistage :

Comme je l’ai exposé au début de cet article, le Lean, avec la résolution de problème va apporter un début de réponse. Cependant, il existe dans la méthode, un certain nombre d’outils de base, pour comprendre et analyser les problématiques de flux, d’organisation ou de non-qualité (VSM, Analyse de déroulement, Diagramme de Flux, Diagramme Spaghetti, 5S).

Pour l’analyse des postes de travail, je peux vous conseiller trois outils de dépistage :

  • L’Analyse approfondie de la charge physique de travail : Disponible sur le site de l’INRS
  • Grille d’identification de la charge physique (ED 6161 Fev 2014 – INRS) : Disponible sur le site de l’INRS
  • RULA (Rapid Upper Limb Assessment) : permet l’analyse des angulations articulaires en situation de travail.

L’action :

Après un dépistage, la phase d’action devra porter sur les trois axes suivants :

  • Agir sur l’organisation, par une meilleure organisation des flux, du travail et des modes de management.
  • Agir sur la technique en améliorant les postes de travail, les logiciels ou les locaux.
  • Agir sur les Hommes en standardisant le travail, en formant et en améliorant l’implication (le sens).

Conclusion

Est-il nécessaire de rappeler que le travail fatigue ? Cependant, il est bon, aussi, de souligner que celui-ci ne doit pas dégrader la santé des collaborateurs. L’amélioration des conditions de travail est un passage obligé pour gagner en productivité certes, mais aussi et surtout pour conserver des collaborateurs en bonne santé et pleinement actifs dans leur travail. Vouloir opposer une pratique Lean responsable, au quotidien et la santé au travail est un débat stérile qui ne fait que retarder l’action. Utilisons les bonnes pratiques quelques soient les chapelles.

C’est dans cet esprit que XL Groupe œuvre au quotidien et vous accompagne depuis 30 ans.


Cyril Bourgeon
Manager, Black Belt Lean

Autres articles