La Valeur Ajoutée pour nos clients, mais pas que ! La Responsabilité Sociétale dans sa transformation.

La Valeur Ajoutée pour nos clients, mais pas que ! La Responsabilité Sociétale dans sa transformation.
Publié le Mercredi 21 juillet 2021

Ronan Hemidy
Directeur Associé, Master Black Belt Lean

On parle souvent dans le cadre des approches Lean de la notion de Valeur Ajoutée (VA) qui est souvent décrite comme « ce que le client est prêt à payer ».

Cela ne rend pas toute NVA (Non-Valeur-Ajoutée) supprimable puisqu’il restera à identifier celle qui peut être supprimée, optimisée ou à subir car incontournable dans l’exploitation optimale des technologies à notre disposition. Cette NVA se traduit le plus souvent par les gaspillages :

8 gaspillages

Mais revenons un moment sur la notion de Client : Si on considère la définition de l’impact sur la valeur donnée au produit pour le client final, on est sur une approche purement « coût ».

J’ai dans cet article envie de revisiter cette définition et faire l’analogie avec une approche de Coaching : 3 axes doivent s’équilibrer pour amener une personne (ou soi-même) à trouver un équilibre dans ses valeurs, sa relation avec les autres. Cette approche souligne l’importance de considérer la vision (positive ou négative) qu’on a sur notre interaction avec :

  • Nous même
  • Les autres
  • La planète et notre environnement

Ramené à l’activité et au travail, on peut y associer un principe japonais qui m’est cher : Ikigai.

Ikigai

Cette approche permet de rattacher notre raison d’être à un job, une mission, une vocation et une passion. On y retrouve la notion de valeur qui va entrer en compte et orienter nos choix et notre vision du travail.

J’ai un peu l’impression de partir sur de la philosophie mais cela nous ramène finalement à un autre outil issu du monde industriel Lean japonais : Le Monozokuri, un concept désignant l'art de concevoir et de produire des objets techniques. Il signifie littéralement "fabriquer (zukuri) des choses (mono)" et est utilisé pour désigner les activités de fabrication, d’ingénierie ou logistiques (appro/achat).

Pour remonter aux origines, le concept de Monozukuri est apparu aux alentours de 900 apr. J.-C. à Kyoto (Japon). On parle même de l’art de créer aussi parfaitement que possible tout en respectant la nature en termes de matière utilisée et d’environnement. Mais il est intéressant de creuser que dans ce contexte, on doit respecter l’Homme et la Nature qu’on utilise/sollicite dans l’exercice de réalisation, quel qu’en soit le domaine ! On y trouve même la notion de fierté du travail accompli avec les intentions définies ci-dessus ! Allons plus loin dans cette comparaison avec quelques exemples basés sur l’approche Monozokuri :

A. Tout d’abord le domaine d’application, qui est universel et pas que celui de l’Industrie : Une grande majorité d’échanges de bien entre humains engendre conception, développement, production et vente.

B. On exploite, depuis la nuit des temps, les 4 avantages concurrentiels décrits tels que ci-dessous dans le Monozokuri :

  • La capabilité organisationnelle,
  • La compétitivité invisible par la performance du terrain,
  • La compétitivité visible par la performance commerciale
  • La rentabilité effective.

Qu’on soit hors industrie et même dans la relation humaine (voire la séduction), ces 4 éléments s’appliquent et doivent être concomitant pour être performant.

C. L’Homme a un savoir-faire à valoriser et à reconnaître, celui-ci doit être reconnu, il en est ainsi dans l’Industrie mais aussi de manière globale ! On a parfois oublié certaines de nos compétences qui pourraient servir à construire les choses de manière différente et exploiter notre productivité pour des fins humaines et pas simplement économiques !

D. Le partage entre génération est une nécessité pour ne pas perdre le savoir des anciens. C’est une approche nécessaire dans la maîtrise du savoir et des compétences. Un élément fondamental des standards et de la montée en compétence des équipes. On doit retravailler cela et s’en servir comme tissu sociologique. La formation et la transmission de savoir est un bien non mesurable qu’on peut donc transmettre sans s’appauvrir comme le dit Idriss Aberkane.

E. Le Gemba, qui pousse le management à aller observer sur le terrain et échanger avec les équipes s’inscrit dans les principes fondamentaux pour Takahiro Fujimoto, professeur de l’université de Tokyo. C’est bien sur le terrain qu’on travail au contact de l’environnement et qu’on comprend les choses, il en est de même avec la science et la technologie. Leurs impacts positifs et négatifs sont à étudier sur le terrain pour en mesurer l’impact qu’ils peuvent avoir sur notre environnement.

F. Fujimoto, qui en d’autres termes parlait du monde VUCA, soulignait l’importance, par ces temps de marées hautes et basses, d’avoir un management qui permet de créer agilité et robustesse à l’organisation. On doit rester adaptable et accepter de remettre en cause nos façons de voir les choses pour réinventer une nouvelle économie et exploitation des nouvelles technologies.

Dans une phase complexe qui nous met face à notre réalité environnementale, sanitaire, économique et même démographique, revenir à l’essentiel semble relevé du bon sens pour reconstruire une économie : Travailler la VA mais en intégrant mieux l’impact sur l’Homme et son environnement. Cela ne veut pas dire faire Fi de toute évolution technologique mais de réellement peser l’impact de toute solution sur nous et sur l’environnement pour orienter nos choix et limiter la course à la Productivité qui perd son sens si l’homme et la planète sont mis en péril.

Prenons chaque élément et tentons de regarder l’impact par le prisme de valeur donnée mais aussi de son impact pour l’homme et la planète. On aura alors assez d’idée, de travail et de ressources sans user nos terriens, la planète et ceux qui tentent d’y réaliser un passage aussi paisible que possible !

Ces valeurs sont au cœur de la réflexion d’XL Groupe : Travailler l’équilibre entre environnement-perso et économique et pour cela travailler une échelle de décision qui mixe la satisfaction des clients, mais aussi les hommes engagés dans le flux et notre mère nature. De manière plus large, un référentiel associé pourrait être valorisé pour estimer au global les prix de certains biens par impact de leur fabrication ou utilisation. L’équilibre reste instable et cela doit orienter nos choix de vie, d’action et de relation à l’autre. Il en va de l’évolution de notre qualité de vie personnelle et de celle de la planète qui nous accueille.

Dans une période de révolution numérique, écologique et organisationnelle, on doit y voir une chance dont les bienfaits sont encore plus marqués si on y joint un travail de fond sur notre approche humaine et le sens à donner à chacun dans l’activité de l’entreprise…mais cela est une autre histoire…


Ronan Hemidy
Directeur Associé, Master Black Belt Lean

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